Regards croisés

La mer qu’on voit danser…

Le mouvement perpétuel bat aux tempes du temps
rythme de toute vie géniteur inlassable 
le souffle des origines
porte les hommes de rives en rivages

La mer cache un arc-en-ciel dans chaque coquillage
la promesse d’un ailleurs merveilleux
dans le chant des gréements
un message fraternel dans l’aile du goéland

Elle pousse les êtres au bout de leur rêve endémique
à découvrir éblouis leur part de bonheur
celle couleur de rêves cathodiques
aux lèvres douces aux dents éblouissantes

Fièrement des embarcations en fin de vie
s’adonnent à un bras de fer inégal
en surcharge pondérale de passagers décharnés
à qui les vagues dédieront leur danse macabre

La mer offre aussi aux naufragés chanceux
sur un lointain sable souillé
l’empreinte d’un pied nu laissée un vendredi
et un poing fermé en place de main ouverte

S’éloigne alors la tiédeur du ventre maternel
hors duquel la vie abrupte et cruelle
révéla la vilénie d’un monde au partage inique
et la soif brûlante de traverser le miroir maléfique

Sur ce désert inconnu aux dunes de grains d’eau
aux bas-fonds  peuplés de mythiques épaves
cénotaphes en bois précieux pour proies humaines
qu’un registre banal rappellera aux vivants

Listes de noms inconnus perdus à jamais
sans plus d’âge ni origine
et tant de pleurs sèches là-bas quelque part
à chaque trou dans l’eau

Des corps de bois flotté offriront des installations
d’os blancs à l’égal des négriers à rebours
dans cette hydrosphère avide de sang noir
dont il adviendra que la dernière goutte s’évapore

Au jour à venir d’une nouvelle civilisation
quelle intelligence pourra comprendre
la tragédie des mal aimés de notre époque
où la futile dérision tient lieu de raison

… E la nave va !

MARIO URBANET <br>Extrait de « villes entre mer et mots» Ouvrage collectif avec Coline Louber 2014