Regards croisés
La mer qu’on voit danser…
Le mouvement perpétuel bat aux tempes du temps
rythme de toute vie géniteur inlassable
le souffle des origines
porte les hommes de rives en rivages
La mer cache un arc-en-ciel dans chaque coquillage
la promesse d’un ailleurs merveilleux
dans le chant des gréements
un message fraternel dans l’aile du goéland
Elle pousse les êtres au bout de leur rêve endémique
à découvrir éblouis leur part de bonheur
celle couleur de rêves cathodiques
aux lèvres douces aux dents éblouissantes
Fièrement des embarcations en fin de vie
s’adonnent à un bras de fer inégal
en surcharge pondérale de passagers décharnés
à qui les vagues dédieront leur danse macabre
La mer offre aussi aux naufragés chanceux
sur un lointain sable souillé
l’empreinte d’un pied nu laissée un vendredi
et un poing fermé en place de main ouverte
S’éloigne alors la tiédeur du ventre maternel
hors duquel la vie abrupte et cruelle
révéla la vilénie d’un monde au partage inique
et la soif brûlante de traverser le miroir maléfique
Sur ce désert inconnu aux dunes de grains d’eau
aux bas-fonds peuplés de mythiques épaves
cénotaphes en bois précieux pour proies humaines
qu’un registre banal rappellera aux vivants
Listes de noms inconnus perdus à jamais
sans plus d’âge ni origine
et tant de pleurs sèches là-bas quelque part
à chaque trou dans l’eau
Des corps de bois flotté offriront des installations
d’os blancs à l’égal des négriers à rebours
dans cette hydrosphère avide de sang noir
dont il adviendra que la dernière goutte s’évapore
Au jour à venir d’une nouvelle civilisation
quelle intelligence pourra comprendre
la tragédie des mal aimés de notre époque
où la futile dérision tient lieu de raison
… E la nave va !